La réalité virtuelle sensibilise à la maladie de Parkinson

Neuroscientist Kaylena Ehgoetz Martens
La neuroscientifique Kaylena Ehgoetz Martens

La neuroscientifique canadienne Kaylena Ehgoetz Martens a des raisons qui dépassent l’intérêt scientifique pour découvrir pourquoi presque la moitié des personnes arrivées au stade avancé de la maladie de Parkinson, subissent des blocages terrifiants et sont incapables de bouger.

Pendant trois ans, elle a participé à un programme d’exercice et de réadaptation en compagnie d’une femme atteinte de la maladie de Parkinson victime de graves blocages de la marche. Trois fois par semaine, Kaylena Ehgoetz Martens aidait cette femme à exécuter une série d’exercices sensoriels et de coordination au Centre de réadaptation et de recherche sur les troubles du mouvement de l’Université Wilfrid Laurier. À la fin de leur séance d’exercices, la femme, qui se déplaçait surtout en fauteuil roulant, pouvait marcher sur de courtes distances. Fait plus important, elle tombait moins souvent et son indépendance accrue se traduisait par une meilleure attitude face à la vie.

« Cela modifiait complètement son humeur, indique la chercheuse. Lorsqu’elle pouvait marcher sans aide, son visage s’épanouissait dans un immense sourire. Pour moi, il était vraiment important de pouvoir favoriser son indépendance et le sentiment de sa propre valeur au cours de ces dernières années. »

La femme est aujourd’hui décédée, mais elle est à l’origine de la détermination de la spécialiste des neurosciences de se consacrer à la recherche sur le blocage de la marche. Mme Ehgoetz Martens a fait des études de doctorat qui ont permis d’établir un lien entre l’anxiété et le blocage.

À l’aide d’outils de réalité virtuelle, elle a étudié la démarche des personnes souffrant de la maladie de Parkinson qui se déplaçaient sur une planche posée au sol. Le programme faisait subitement « disparaître » le sol sous la planche, de sorte que les participants, coiffés d’un casque recréant un environnement virtuel, avaient l’impression de traverser un profond fossé de neuf mètres.

L’étude était menée auprès d’un groupe témoin de personnes en santé et de deux groupes de personnes atteintes de la maladie de Parkinson (un groupe de personnes ayant des blocages de la marche et un groupe sans blocages). Après avoir rempli un questionnaire, les personnes de ce dernier groupe étaient catégorisées comme étant soit très anxieuses, soit peu anxieuses. Les personnes peu anxieuses ont réagi de façon semblable aux personnes en santé alors que les personnes très anxieuses ont réagi de façon semblable aux personnes atteintes ayant des blocages.

« L’étude a permis de démontrer que l’anxiété freine les mouvements, ralentit la marche et provoque des blocages chez les personnes atteintes de la maladie de Parkinson », souligne Mme Ehgoetz Martens. Les chercheurs commencent de plus en plus à examiner quelles sont les incidences des symptômes non moteurs de la maladie de Parkinson sur les symptômes moteurs.

L’automne dernier, Mme Ehgoetz Martens a coécrit, avec Eric Beck et Pr Quincey Almeida, un mémoire de recherche intitulé : « Blocage de la marche chez les personnes atteintes de la maladie de Parkinson : un problème de surcharge? »1. Financée en partie par Parkinson Canada, l’étude comportait une série d’expériences visant à mieux comprendre les causes fondamentales du blocage de la marche et à examiner l’interaction entre la fonction cognitive et les influences sensorio-perceptives – dans ce cas, les repères visuels. Eric Beck était le chercheur principal des expériences qui faisaient partie de son mémoire de premier cycle à l’Université Wilfrid Laurier.

Des personnes atteintes de la maladie de Parkinson – un groupe ayant des blocages et un autre sans blocage – marchaient tout droit et traversaient une embrasure de porte. Dans l’une des situations, elles devaient également compter le nombre de fois où elles entendaient deux chiffres dits à voix haute pendant qu’elles marchaient (double tâche). Leur parcours était parfois divisé en segments (repères visuels) et, à d’autres moments, la vue de leurs jambes leur était cachée. (Voir la photo.) La démarche et le regard des participants étaient mesurés durant ces tâches.

Experiment pathways with and without visual cues and a devise to block the sight of leg movements.
Effectue des expériences de parcours avec et sans repères visuels et avec un dispositif servant à cacher les mouvements des jambes.

L’étude montre que le blocage de la marche chez les personnes atteintes de la maladie de Parkinson pourrait être dû à une surcharge des ressources de traitement dans le cerveau. « La partie des noyaux gris centraux du cerveau, qui est touchée par la maladie de Parkinson, contient une grande quantité de nos « principaux processeurs », explique Kaylena Ehgoetz Martens. S’ils sont endommagés, notre capacité de traitement est réduite. Les repères visuels peuvent réduire la demande de ressources de traitement des noyaux gris centraux en organisant le contrôle de la marche au moyen d’autres voies dans le cerveau. » Mme Ehgoetz Martens reconnaît toutefois que la plupart d’entre nous s’habituent aux repères visuels, de sorte que ceux-ci deviennent inutiles. D’autres recherches pourraient permettre de trouver des stratégies efficaces pour atténuer les blocages.

En 2013, lors d’un congrès international sur les troubles du mouvement, Mme Ehgoetz Martens a rencontré Simon Lewis, professeur agrégé à l’Université de Sydney et directeur de la clinique de recherche sur la maladie de Parkinson du Brain & Mind Research Institute. Les chercheurs australiens font partie des chefs de file du blocage de la marche, signale la neuroscientifique.

Après avoir terminé son doctorat au Canada, Mme Ehgoetz Martens a cherché de l’emploi en Australie. Elle a reçu du Programme national de recherche de Parkinson Canada une bourse de recherche fondamentale de 80 000 $ sur deux ans et travaille maintenant à l’Université de Sydney, en Australie. « Le financement de Parkinson Canada est essentiel, insiste Mme Ehgoetz Martens. Il m’aurait été impossible d’effectuer cette étude sans lui et je suis extrêmement reconnaissante envers l’organisme! »

Elle examinera comment l’anxiété déclenche les blocages chez les personnes atteintes de la maladie de Parkinson en menant une recherche sur des patients participant à des scénarios de réalité virtuelle à l’intérieur d’un appareil d’imagerie par résonance magnétique fonctionnelle. Lorsqu’ils actionneront les pédales pour simuler la marche, l’appareil d’imagerie par résonance magnétique fonctionnelle fera voir leur cerveau afin de cartographier les structures cérébrales qui s’activent en situation de blocage.

Il est à espérer que la recherche débouchera sur un nouveau modèle qui permettra de déterminer les causes du blocage de la marche et de nouvelles façons de traiter et d’atténuer l’anxiété à l’origine des blocages, car l’amélioration de la qualité de vie et l’atténuation de la gravité des symptômes des patients dépendent en partie du traitement de ces symptômes non moteurs.

Vous pouvez lire de plus amples renseignements sur cette étude et sur d’autres projets financés par Parkinson Canada dans le site www.parkinson.ca.

1 BECK, E.N., K.A. Ehgoetz Martens et Q.J. Almeida. « Freezing of Gait in Parkinson’s Disease: An Overload Problem? » PLoS ONE 10(12):e0144986. doi: 10.1371/journal.pone.0144986 (2015).

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