De nouvelles recherches indiquent que les champignons intestinaux ne sont pas associés à la maladie de Parkinson

Photo de la Dre Silke Appel-Cresswell
Photo de la Dre Silke Appel-Cresswell, qui a publié une nouvelle étude sur les champignons intestinaux, qui a reçu un financement du programme de recherche de Parkinson Canada.

Depuis 2014, des chercheurs comme la docteure Silke Appel-Cresswell se sont penchés sur l’intestin en tant qu’élément clé pouvant potentiellement dévoiler les mystères entourant l’apparition de la maladie de Parkinson. Bien que la maladie de Parkinson détruise les cellules du cerveau qui régissent notre capacité à bouger et à réfléchir, les milliards de microorganismes vivant dans notre tractus gastro-intestinal peuvent contribuer de façon importante à la maladie.

La docteure Silke Appel-Cresswell qui vient tout juste de publier une étude portant précisément sur ce sujet et dont la conclusion s’est avérée négative, entame maintenant une nouvelle étude afin de poursuivre ses investigations. Les deux études ont reçu un financement de la part du programme de recherche de Parkinson Canada.

Le microbiome bactérien intestinal est fortement associé à la maladie de Parkinson, mais aucune étude antérieure ne s’est penchée sur le rôle des champignons dans l’intestin. Dans cette nouvelle étude publiée dans la revue Journal of Parkinson’s Disease, et financée en partie par Parkinson Canada, la docteure Silke Appel-Cresswell et une équipe de chercheurs de l’Université de Colombie-Britannique ont évalué si les constituants fongiques du microbiome intestinal étaient associés à la maladie de Parkinson.

En résumé, leur recherche a révélé que les champignons intestinaux ne sont pas un facteur contributif, réfutant ainsi le besoin de recourir à d’éventuels traitements antifongiques de l’intestin chez les patients atteints de la maladie de Parkinson. Parkinson Canada (en collaboration avec d’autres donateurs) a contribué au financement de cette constatation négative et investit à présent dans une étude de suivi visant à examiner plus en profondeur le rôle de l’intestin dans la maladie de Parkinson.

Dans cette première étude, l’analyse a déterminé que le microbiome fongique présent dans la maladie de Parkinson n’est essentiellement pas différent de celui des témoins appariés, et aucune association significative n’a pu être faite entre les champignons intestinaux et les symptômes de la maladie de Parkinson. Pour certains, le fait de ne pas avoir atteint les objectifs de l’étude peut ressembler à un échec, mais il peut être tout aussi important d’exclure certains éléments, que l’on croit être des facteurs à l’origine de la maladie de Parkinson ou de ses symptômes, que d’en découvrir les facteurs causals.

Le programme de recherche de Parkinson Canada finance les idées novatrices comme celle-ci afin de contribuer à la prochaine grande percée en matière de recherche sur la maladie de Parkinson ainsi qu’à favoriser la compréhension de ce qui n’est pas un facteur contributif. Les deux éléments font partie intégrante de la recherche.

Cette étude joue un rôle important en répondant à l’appel lancé par la communauté de recherche sur la maladie de Parkinson et les organismes de financement à publier des résultats négatifs, ce qui contribue à éviter que de futurs fonds de recherche ne soient pas gaspillés à explorer une hypothèse qui a déjà été réfutée.

« Ces données sont un élément important dans la compréhension du rôle global du microbiome intestinal dans la maladie de Parkinson », poursuit la docteure Appel-Cresswell. « Les patients atteints de la maladie de Parkinson peuvent être rassurés sur le fait que la prolifération de champignons intestinaux, ou la dysbiose, n’est probablement pas un facteur contributif à leurs symptômes moteurs et non moteurs associés à la maladie de Parkinson ».

« Le microbiome intestinal continue d’être un domaine de recherche passionnant où nous commençons à peine à percer les mécanismes potentiels. Il sera important de publier les résultats de recherche, autant négatifs que positifs, ainsi que leur méthodologie détaillée en vue de faire un examen réaliste des données de la littérature afin d’accélérer les découvertes », conclut-elle.

C’est pourquoi elle poursuit ses recherches sur le rôle de l’intestin dans la maladie de Parkinson. À présent, avec ses collaborateurs elle cherche à identifier les souches précises de bactéries à l’origine de l’inflammation ou qui permettent à de trop grandes quantités de protéines toxiques de migrer de l’intestin vers le cerveau.

Si une souche de bactérie en particulier entraîne de l’inflammation, par exemple, cela pourrait déclencher une réponse immunitaire trop vigoureuse de l’organisme. Cela pourrait également se traduire par une accumulation de protéine alpha-synucléine, qui endommage les cellules du cerveau, y compris celles qui produisent de la dopamine. Le manque de cellules productrices de dopamine, est à l’origine des raideurs, des tremblements et des difficultés à la marche qui caractérisent la maladie de Parkinson.

Certaines souches de bactéries peuvent également provoquer une fuite de la paroi intestinale, permettant aux toxines de passer dans la circulation sanguine et éventuellement d’atteindre le cerveau. Un dysfonctionnement de l’intestin peut également causer de la constipation, conduisant à une plus grande inflammation et à un intestin perméable. « Nous travaillons sur toutes les pièces du casse-tête pour démontrer ce qui se passe », affirme la docteure Appel-Cresswell.

La docteure Appel-Casswell ainsi que ses collègues les docteurs Davide Martino et Laura Syruco de Calgary analysent des échantillons fécaux et sanguins obtenus de 300 donneurs de Vancouver et de plus de 100 donneurs de Calgary. Si elle peut confirmer les mécanismes liant les bactéries intestinales à la maladie de Parkinson, son travail pourrait mener à des traitements qui s’attaquent de manière précoce et agressive au dysfonctionnement de l’intestin, dont la constipation, afin de briser le cercle vicieux. La recherche pourrait également aboutir sur des recommandations en matière de modification du régime alimentaire, y compris l’utilisation de probiotiques, ou sur un outil de dépistage qui pourrait également être élaboré en vue de cibler les personnes les plus susceptibles de développer la maladie.

Julie Wysocki, directrice du programme de recherche et des partenariats de Parkinson Canada, reconnaît l’importance d’études comme celles-ci. « Il est essentiel que les chercheurs se penchent sur des domaines portant sur l’apparition de la maladie. Il est bien établi que le microbiome bactérien intestinal est fortement associé à la maladie de Parkinson, mais aucune étude antérieure ne s’est penchée sur le rôle des champignons dans l’intestin. L’étude a examiné le rôle potentiel des champignons intestinaux dans la maladie de Parkinson et a révélé que ceux-ci ne sont pas un facteur contributif », affirme-t-elle, tout en reconnaissant l’importance de publier cet ensemble particulier de résultats. « Il est important que toutes les découvertes, même celles qui sont négatives, soient partagées et publiées de manière à éliminer la duplication dans la recherche afin que les chercheurs puissent continuer à explorer de nouvelles avenues pouvant donner lieu à des percées ».

« Pour en apprendre davantage au sujet des objectifs spécifiques de la subvention accordée à la docteure Cresswell par la Société Parkinson de la Colombie-Britannique par l’entremise du programme de recherche de Parkinson Canada, ainsi que sur les 19 autres projets portant sur des sujets tout aussi importants, visitez le portail des nouveaux projets de recherche sur le site Parkinson.ca, qui présente le cycle de recherche de cette année et bien plus.


Note de l’éditeur :

Votre soutien permet à des recherches comme celles-ci de voir le jour. Le nouveau projet de la docteure Appel-Cresswell s’appuie sur la recherche précédente visant à étudier le microbiome fongique, un projet appuyé par Parkinson Canada. « C’est l’une des subventions qui a facilité bien d’autres travaux », mentionne-t-elle.

« Ce sont réellement les fonds de lancements, spécialement ces subventions pour projet pilote, qui nous permettent d’aller beaucoup plus loin. Il s’agit du point de départ indispensable à tous ces projets ».

(Video en anglais)

Les subventions de lancement ou pour projet pilote permettent aux chercheurs de mettre à profit le financement provenant d’autres sources.

« On doit commencer quelque part, et c’est une graine que l’on plante et qui se transforme véritablement en un programme complet qui est très interconnecté et qui fait en sorte que nous utilisions toutes les synergies entre tous ces domaines », ajoute-t-elle.

Donnez pour financer un plus grand nombre de projets de recherche.

Cet article fait référence à un article original en anglais qui apparaît sur sciencedaily.com d’IOS Press.
 
Study suggests that gut fungi are not associated with Parkinson’s disease: Although the bacterial microbiome is strongly connected to PD and gut dysfunction is nearly universal in this disease.” ScienceDaily. ScienceDaily, 21 janvier 2021. 

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