Le point de vue d’un chercheur sur l’avenir de la recherche sur la maladie de Parkinson

Dr Maxime Rousseaux
Le Dr Maxime Rousseaux a fait une présentation sur l’avenir du traitement de la maladie de Parkinson.

À la fin du mois de mars, Parkinson Canada a tenu une discussion de deux jours sur l’état actuel et futur de la recherche sur la maladie de Parkinson. Les réunions ont rassemblé des cliniciens, des chercheurs, des personnes vivant avec la maladie de Parkinson et d’autres organismes en lutte contre la maladie de Parkinson, afin de :

  • déterminer les tendances actuelles et émergentes de la recherche fondamentale et clinique sur la maladie de Parkinson
  • explorer les stratégies pour tirer profit de nos investissements en recherche et accroître l’impact, possiblement par l’entremise de partenariats avec d’autres organismes en lutte contre la maladie de Parkinson.

Dans les prochaines éditions, nous vous parlerons davantage des résultats des réunions, dont le fait que la participation de personnes atteintes de la maladie de Parkinson à toutes les étapes de la recherche fut importante pour son succès. Dans cet article, nous passons en revue une présentation partagée par le Dr Maxime Rousseaux sur l’avenir idéal du traitement de la maladie de Parkinson. Voyez à présent, son résumé sur « l’avenir (idéal) pas si lointain du traitement de la maladie de Parkinson ».

Je pense que beaucoup de chercheurs en sciences fondamentales comme moi ont des objectifs axés sur les traitements modificateurs de maladie, mais le plus gros problème que nous avons est que nous ne pouvons pas les tester sur des personnes qui sont avancées dans la progression de leur maladie. Afin de trouver des traitements qui peuvent aider ces personnes, nous devons d’abord tester si nous pouvons retarder la progression ou autrement modifier l’évolution de la maladie de Parkinson chez un patient avant que ses symptômes ne progressent à ce niveau.

Je pense que l’argument des biomarqueurs est assez évident – nous devons en trouver un pour tester ces traitements, mais aussi pour pouvoir diagnostiquer la maladie plus tôt.

Une fois que nous aurons atteint cet objectif, il sera vraisemblablement possible d’arrêter la neurodégénérescence et de savoir si un individu, disons vous, pouvez gérer vos symptômes en utilisant une certaine dose de lévodopa, et nous pourrons ainsi freiner ou arrêter la neurodégénérescence.

Je pense que ce serait probablement l’un des événements les plus marquants qui pourraient se produire.

Le principal objectif de ma recherche personnelle est de faire deux choses: déterminer à quel point l’Alpha-synucléine est toxique, et par la suite essayer de trouver un traitement qui éliminera cette toxicité. Il y a différentes façons de procéder, mais un exemple facile à comprendre est d’essayer de trouver quelque chose qui est une cible traditionnelle de la pharmacothérapie et qui peut déjà avoir un médicament conçu pour atteindre cette enzyme, à laquelle nous pourrions ajouter quelque chose (un ingrédient) pour réduire les effets néfastes de l’Alpha-synucléine. En ce moment, nous travaillons sur un élément qui lorsqu’il est ciblé, que ce soit génétiquement ou avec un médicament, peut aider à limiter la toxicité.

En fin de compte, l’objectif est le « modèle de statine ».

Ce que je veux dire par là, c’est que, comme dans le cas du cholestérol et des statines, il existe des indicateurs communément acceptés de risque ou des outils calculant la probabilité de développer un problème. Dans les deux cas, il y a un moyen facile de tester et de confirmer un diagnostic, et il existe aussi un médicament facilement disponible pour commencer à traiter les symptômes avant qu’ils ne deviennent un vrai problème.

Tout commence par notre capacité à diagnostiquer la maladie. Si vous voulez atteindre le plus grand nombre de personnes, vous suivrez ce que nous savons maintenant être la progression longitudinale de la maladie de Parkinson. Certains de ces éléments pourraient en fait être éclairés par des tests de dépistage courants des symptômes ou des marqueurs précliniques. Si ces outils de dépistage nous aident à identifier quelque chose qui présente une certaine progression de risque, ce serait quelqu’un qui serait admissible à des tests plus détaillés.

Les quatre étapes que j’ai présentées dans ce modèle sont :

  1. Quelqu’un se rend au cabinet du médecin pour une visite routinière (présymptomatique) et ce médecin peut avoir un outil de dépistage pour aider à identifier son risque de maladie de Parkinson
  2. Il demandera des analyses sanguines qui peuvent utiliser une combinaison de biomarqueurs et d’indicateurs génétiques pour suggérer un diagnostic de la maladie de Parkinson
  3. En quelques jours, ce diagnostic est confirmé
  4. Le patient peut commencer à prendre des médicaments pour traiter la maladie, potentiellement par sous-type également, avant même de commencer à utiliser un traitement modificateur de la maladie

En résumé, nous avons besoin d’un test simple ou d’un ensemble de critères uniformes permettant d’indiquer qui est le plus à risque de développer la maladie de Parkinson. Il y a déjà beaucoup de recherches dans ce domaine, y compris l’impact de la perte de l’odorat ; la motilité gastrique ; les facteurs de sommeil et bien plus encore. Si nous avons un ensemble de critères communément admis pour évaluer quelle combinaison de facteurs est un indicateur de risque accru (et je connais un certain nombre de chercheurs, y compris d’anciens collègues qui travaillent là-dessus) nous pouvons alors identifier les personnes les plus susceptibles de développer la maladie de Parkinson et passer à un test pour confirmer le diagnostic. C’est le domaine qui me donne le plus d’espoir, comme je l’ai dit en réponse à votre première question.

À partir de là, je pense que le traitement par sous-type – pour des déficiences génétiques précises ou en réponse à des symptômes que les gens présentent – peut vraiment faire une différence dans la capacité des médicaments à contrôler les symptômes, et peut-être même leur progression. Il faudra du temps pour recueillir les données, tester les médicaments et les mettre en pratique, mais je pense vraiment que ce type de traitement deviendra éventuellement une réalité.

Chaque étape de notre recherche est importante et prometteuse, et c’est vraiment ce qui motive à continuer. C’est la seule chose qui vous permet de rester motivé lorsque vous parlez aux patients. Quand vous faites de la recherche, cela peut être facile et tentant de voir la condition que vous étudiez comme une simple statistique. Ce n’est pas le cas pour moi avec la maladie de Parkinson, parce que je vois directement combien cela affecte les gens.

Je veux être prudent car il ne faut pas non plus que les gens lisent cet article et y voient un remède imminent, mais j’espère que cela témoigne de notre progrès et donne de l’espoir.

Note du rédacteur :

Un autre grand thème de ces réunions portait sur la collaboration et les partenariats, dont celui du Réseau Parkinson canadien ouvert. Le réseau, conçu pour recueillir des données démographiques et biologiques auprès des patients pour aider à rechercher les types de tendances qui pourraient aider à identifier les sous-types de maladies, les facteurs de risque et les biomarqueurs, recrute actuellement des participants. Apprenez-en plus et inscrivez-vous.

Pour connaître le point de vue d’un défenseur des patients sur le rôle des biomarqueurs dans le diagnostic, ne manquez pas l’entretien du mois dernier avec la Dre Soania Mathur.

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